31/08/2007 17:00
Prendre soin de la
création
À l’occasion du « temps pour la
création », célébré depuis dix ans par les Églises chrétiennes d’Europe, les
chrétiens sont invités à changer de regard sur leur environnement et à le
préserver
En matière de protection de
l’environnement, les chrétiens ont aussi leurs prophètes. Parmi les voix qui
éveillent à l’urgence d’une mobilisation écologique dans les Églises et
au-dehors, on pourrait citer l’évêque anglican de Londres, le Dr Richard
Chartres, qui a fait le choix de ne pas prendre l’avion pendant un an, pour
marquer son engagement en faveur de l’environnement.
On pourrait aussi
évoquer l’évêque luthérien du Groenland, Sofie Petersen, qui ne cesse d’alerter
sur la menace que la fonte des neiges et des glaces fait peser sur le mode de
vie des Inuits. Ou encore Bartholomeos Ier de Constantinople, surnommé « le
patriarche vert », engagé depuis de nombreuses années en faveur de
l’écologie.
Si cette avant-garde éclairée garde une longueur d’avance sur
l’ensemble des chrétiens, la prise de conscience de l’importance des enjeux
environnementaux progresse dans les Églises. Plus qu’un symbole, les Églises
chrétiennes d’Europe ont inscrit depuis 1997 un « temps pour la création » dans
leur calendrier.
La demande est venue de la base
Ce moment de l’année liturgique
est explicitement consacré « à la louange du Créateur, à la communion des
créatures et à la responsabilité écologique de l’humain ». Les communautés
chrétiennes peuvent choisir la date de leur choix, entre le 1er septembre – date
à laquelle Bartholomeos Ier avait instauré, dès 1989, une « fête de la création
» pour les orthodoxes – et le 4 octobre, fête de saint François d’Assise, patron
des écologistes dans l’Église catholique.
Cette période, entre l’été et
l’automne, est aussi traditionnellement celle des fêtes des récoltes dans le
monde protestant. Cette année encore, ce temps pour la création prendra
différentes formes : journée paroissiale sur un sujet environnemental,
conférences, débats, célébrations liturgiques, animations pour les
enfants…
En France, les initiatives en faveur de l’environnement
commencent doucement à se multiplier parmi les chrétiens. Elles sont fortement
soutenues par le mouvement Pax Christi, traditionnellement engagé en faveur de
la paix mais qui s’occupe de plus en plus des questions écologiques. La demande
est venue de la base, après la publication en 2005 de l’ouvrage collectif
Planète vie, planète mort, sous la direction de Mgr Marc Stenger,
évêque de Troyes et président de Pax Christi-France.
« A la suite de
cette publication, nous avons reçu beaucoup d’appels téléphoniques de chrétiens
qui voulaient s’engager, raconte Jean-Pierre Ribaut, diacre du diocèse de
Bordeaux et vice-président de l’antenne Environnement et modes de vie de Pax
Christi-France. Nous y avons répondu en aidant à la création de groupes locaux,
d’emblée œcuméniques. » En avril 2006, le Réseau chrétien Paix, environnement et
modes de vie a vu le jour. Aujourd’hui, moins de deux ans après son lancement,
il existe une vingtaine de groupes, répartis sur l’ensemble du territoire.
"S’engager localement"
« Nous encourageons ceux qui
nous rejoignent à discuter des problèmes liés à l’environnement, à s’engager
localement, mais aussi à changer leur comportement personnel, à faire un
aggiornamento personnel », explique Jean-Pierre Ribaut. Il insiste sur les
engagements concrets qui s’imposent à tous : faire attention à l’eau du robinet,
prendre une douche au lieu d’un bain, préférer le vélo et les transports
collectifs, acheter des produits bio et du bois de bricolage labellisé. « On
doit pouvoir en arriver là, sans que cela devienne maladif. »
Ainsi, en
France, des « bonnes pratiques » et des initiatives surgissent ici ou là, sans
faire de bruit. Au monastère de la Pierre-qui-Vire, dans le Morvan, l’engagement
écologique des moines bénédictins est ancien. Dès 1969, les frères ont mis en
place la première ferme biologique de Bourgogne et se sont dotés, la même année,
d’une installation hydroélectrique grâce à laquelle ils produisent aujourd’hui
toute l’électricité qu’ils consomment. « Certains frères sont depuis toujours
sensibles à l’environnement, témoigne Frère Pascal. Certains ont une formation
sur ces questions et continuent de se tenir informés. »
Depuis deux ans,
le monastère dispose d’une chaufferie au bois alimentée par les copeaux de la
scierie voisine qui exploite le bois du monastère. Et les frères étudient
aujourd’hui un nouveau chantier avec l’objectif de produire du gaz à partir du
lisier de la ferme du monastère. Là comme ailleurs, la préoccupation écologique
n’est pourtant pas d’emblée évidente. « Il n’y a pas d’unanimité parmi les
membres de la communauté sur ces questions, précise Frère Pascal. Certains
frères sont très soucieux de développer des projets écologiques et d’autres pas
du tout. Comme on essaie de vivre la fraternité, on s’écoute et on argumente. Il
n’y a pas d’idéologie communautaire. »
"Développer les liens entre les personnes plus que les biens"
Du côté des
protestants, les initiatives ne manquent pas non plus. Les diaconesses de
Reuilly, à Versailles, ont tenu compte des questions de développement durable
dans leur projet de construction de chapelle. Elles ont choisi de faire
construire un bâtiment bioclimatique, en bois et en verre, ouvert sur la nature
environnante.
Autre exemple, la Maison verte, animée par la Mission
évangélique populaire, dans le 18e arrondissement de Paris. Ce lieu, qui est à
la fois une paroisse protestante et un centre d’entraide et de solidarité, a
placé les préoccupations écologiques parmi ses priorités. « Nous voulons
développer la question des modes de vie, en développant les liens entre les
personnes plus que les biens, parce que le bonheur ne vient par la possession
d’objets », explique le pasteur Stéphane Lavignotte .
À la Maison verte,
on peut ainsi venir chercher son panier de légumes biologiques, participer à des
visites de potagers ou réfléchir au devenir des vêtements usagés. « Nous nous
sommes engagés dans une réflexion autour du vêtement, pour voir comment il est
possible de revisiter une activité classique de collecte pour entrer dans une
logique nouvelle de lutte contre le gaspillage, explique Stéphane Lavignotte .
Les vêtements donnés ou vendus, ce n’est pas seulement pour les pauvres ! Tout
le monde doit pouvoir s’habiller avec des choses déjà utilisées. »
Si
elles commencent à se multiplier dans les communautés chrétiennes, ces
initiatives originales demeurent encore marginales. « Nous sommes encore à la
phase où la gestion écologique des bâtiments est vue comme un surcoût et non
comme un geste théologique et écologique sur le moyen et le long terme »,
regrette Stéphane Lavignotte . Pour Jean-Pierre Ribaut, de Pax Christi, la
situation évolue néanmoins dans le bon sens : « Incontestablement, les Français
y deviennent de plus en plus sensibles. On voit maintenant des catéchismes pour
enfants prendre en compte les questions liées à l’environnement.
»
Elodie MAUROT
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